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Détail de la nouvelle

Symposium virtuel sur la COVID-19

  • Département de médecine sociale et préventive, En phase avec la réalité, Congrès, colloques, conférence

Un bilan marquant sur la pandémie qui pousse à la réflexion et à l’action

Des conférenciers de prestige ont partagé leurs expériences et réflexions à 578 participants et participantes provenant de 32 pays et des 5 continents lors du Symposium EPITER-ADELF des 19 et 20 mai dernier. Sans compter les 145 personnes qui s’y sont inscrites pour une écoute en différé. Le Symposium était coprésidé par le professeur Yv Bonnier-Viger du Département de médecine sociale et préventive de l’Université Laval et par Louise Alain, épidémiologiste du CIUSSS de la Capitale-Nationale et vice-présidente de l’association internationale ÉPITER.s

Ce symposium a réuni un éventail de professionnelles et professionnels, de professeurs et professeures, de chercheurs et chercheuse ainsi que d’étudiants et d’étudiantes et autres personnes concernées par la COVID-19, de partout dans le monde de la francophonie.

Conscient de la situation mondiale et de ses répercussions uniques sur la communauté d’épidémiologistes et d’acteurs de santé publique, le comité organisateur a maintenu la tenue de l’événement en adoptant le mode virtuel en attendant la tenue du Congrès international d’Épidémiologie EPITER -ADELF en juin 2022.

Voyez un résumé des événements de ce symposium qui a été organisé en collaboration avec le centre Pédagogia de la Faculté de médecine.

19 mai 2021 : Impacts sanitaires, sociaux et sur la pratique de la santé publique

Animée conjointement par Louis-Rachid Salmi, professeur à l’Institut de Santé Publique, d’Épidémiologie et de Développement de l’Université de Bordeaux et Hermann Nabi, professeur au Département de médecine sociale et préventive à l’Université Laval, la première demi-journée du symposium a porté sur les impacts sanitaires, sociaux et sur la pratique de la santé publique de la pandémie de COVID-19. Trois conférenciers de prestige se sont succédé pour présenter une vision, une réalité et des stratégies mises en place pour contrer la pandémie de COVID-19 dans trois contextes différents.

Impacts sanitaires de la pandémie de COVID-19 en Afrique de l’Ouest

Joseph Catrayé, directeur du Bureau d’appui en santé publique `96 au Bénin a dressé un portrait détaillé de l’ampleur de la situation épidémiologique actuelle de la pandémie dans cette région. Monsieur Catrayé a ensuite présenté les stratégies mises en place au plan régional pour contrer l’épidémie, notamment avec une campagne régionale de financement, un dépistage systématique des voyageurs qui entrent et sortent des pays, une harmonisation des coûts des tests COVID-19, de même qu’une campagne de vaccination volontaire contre la COVID-19. La période de questions a été une opportunité pour le docteur Catrayé de formuler quelques hypothèses concernant l’impact relativement moindre de cette maladie, en termes de cas, sur les populations africaines. Il a avancé la jeunesse de la population et le climat tropical de la région pour expliquer cette différence. Il a par ailleurs exclu la non-exhaustivité du report des cas comme explication, étant donné l’existence d’un système de surveillance des cas régional qui permet d’avoir un suivi et une mise à jour réguliers des cas par pays.

Pandémie de SARS-CoV-2 et inégalités sociales de santé en France

D’entrée de jeu, Thierry Lang, de l’Université Toulouse III-Paul Sabatier et du CHU Toulouse pose la question suivante : La COVID-19 est-elle “une épidémie ou une crise globale?”. Il prend l’exemple des enfants comme une preuve par l’absurde, selon ses mots, que la COVID-19 doit être vue et appréhendée comme une crise globale. En effet, bien que les enfants soient relativement épargnés, les impacts sociosanitaires dans cette tranche d’âge sont majeurs, notamment avec une augmentation de l’ordre de 40 à 70 % des admissions dans les services d’urgences pédiatriques dans plusieurs régions de France, un accroissement des violences, du décrochage scolaire et de l’insécurité alimentaire. Sous l’angle social, il a parfaitement illustré comment cette crise sanitaire a mis en évidence l’ampleur des inégalités sociales existantes face à la maladie et à la santé, même s’il reconnaît que les mesures de protection sociale mises en place par les autorités françaises (chômage partiel, aides alimentaires et aux familles, etc.) ont permis d’en limiter les conséquences pour certaines populations défavorisées.

L’épidémiologie en soutien à la prise de décision durant la pandémie.

Nicole Damestoy, de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), a partagé une vision institutionnelle de l’épidémiologie en action. Elle a d’abord rappelé la mission de l’INSPQ qui est de produire et de transférer des connaissances scientifiques pour soutenir la décision de la santé publique et des cliniciens, de contribuer à l’optimisation des pratiques de santé publique et de favoriser la compréhension des déterminants de la santé. Elle a ensuite explicité comment la pandémie de la COVID-19 a fortement mobilisé les équipes de l’institution durant la dernière année. Elle a surtout montré comment les épidémiologistes ont été au cœur du dispositif de la gestion de la crise, à travers l’analyse des données de la littérature, le soutien et la formation aux enquêtes épidémiologiques, la conduite d’études spécifiques, la surveillance des variants dans la communauté et la modélisation sur l’évolution de la pandémie en cours.

Lors de la période d’échanges, les trois orateurs ont admis que la crise sanitaire de la COVID-19 a eu des conséquences sociosanitaires majeures pour les populations, mais cette crise a permis de renforcer les dispositifs de surveillance, de constater les lacunes et de reconnaître l’urgence d’investir davantage en santé publique et des populations afin de rester prêts pour affronter de prochaines crises.

20 mai 2021 : Enjeux éthiques et perspectives selon “Une seule santé” et pour l’épidémiologie de terrain

Animée conjointement par Hélène Carabin, professeure à la Faculté de médecine vétérinaire et à l’école de santé publique de l’Université de Montréal et Marie-Claude Rousseau, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique, la deuxième demi-journée du symposium a porté sur les enjeux éthiques et perspectives selon Une seule santé et pour l’épidémiologie de terrain. Trois experts internationaux européens ont accepté généreusement de partager leurs expériences et réflexions. 

Contribution de l’éthique en période d’urgence sanitaire : des exemples lors de la pandémie de COVID-19

Emmanuelle Rial-Sebbag, de l’Université Toulouse III a résumé les similitudes et différences entre les principes éthiques s’appliquant aux individus et aux populations. Dans le contexte de la pandémie de la COVID-19, ces principes ont été éprouvés par les politiques visant à répondre à la crise. En particulier, les quatre valeurs éthiques dans le soin et en recherche (la bienfaisance, la non-malfaisance, l’autonomie et la justice) ont été mises à rude épreuve dans une situation de crise sanitaire où la gestion de l’urgence a créé des tensions entre des éléments de justice et d’éthique. Il a aussi fallu gérer l’équilibre entre une éthique individuelle et une éthique collective n’étant pas toujours clairement compatibles. Par exemple, l’hydroxychloroquine a été autorisée exceptionnellement en France pour le traitement de la COVID-19. Ceci a été réalisé en l’absence de données probantes, selon des conditions d’éthique mal décrites et ce, soi-disant pour le bien commun dans une vision d’éthique de santé publique. L’utilisation de ce médicament pour le traitement de la COVID-19 ou dans des protocoles cliniques a ensuite été interrompue. Cette situation soulève de nombreuses interrogations, dont celle de la justification d’exigences méthodologiques et éthiques moindres durant une crise sanitaire. 

Une seule santé, paradigme pour le contrôle des zoonoses pandémiques

Jakob Zinsstag, de l’Université de Bâle et de l’Institut tropical et de la santé publique suisse, a souligné qu’il faut retenir une chose de l’approche “Une seule santé”, c’est qu’il existe une inextricable relation entre l’humain, les animaux et l’environnement, une “exigence nécessaire” à son application. Il existe également des “exigences suffisantes” de cette approche, soit la démonstration de sa valeur ajoutée sur la santé et le bien-être des humains et des animaux, mais également sur les aspects économiques, de résilience sociale et de durabilité environnementale. Avec un exemple portant sur la lutte contre la rage au Chad, le docteur Zinsstag a démontré qu’à moyen et long terme, la vaccination massive des chiens est moins coûteuse qu’une approche seulement axée sur la santé humaine. 

Surveillance épidémiologique : révolutions et nouveaux défis engendrés par la pandémie de COVID-19

Pascal Crépey, de l’École des hautes études en santé publique en France a présenté l’impact qu’a eu la pandémie sur les systèmes de surveillance des agents infectieux en France. Alors que la surveillance de la grippe saisonnière était basée sur un ensemble relativement limité de laboratoires et hôpitaux sentinelles, un système de surveillance presque universel a vu le jour à la suite de l’émergence de la COVID-19. La pandémie a également poussé les autorités à diffuser les données sur l’infection en temps presque réel, ce qui n’est pas venu sans défis. Entre autres, un tel accès rapide a créé des attentes importantes de la part des décideurs politiques et de la population. Par exemple, les attentes concernant l’accès aux données déjà colligées dans des délais très courts ont mis beaucoup de pression sur la santé publique.

La période d’échanges a mis en lumière la surveillance épidémiologique comme fil conducteur des thèmes abordés. L’état d’urgence de santé publique international, vécu depuis le début de 2020, a souligné la valeur de la surveillance épidémiologique pour la prise de décision et pour la pratique de santé publique face à la pandémie. En revanche, il a également dévoilé divers enjeux éthiques, méthodologiques et logistiques lors de la cueillette, la gestion, l’analyse et la communication des informations dans un contexte d’incertitude d’une telle ampleur.

Pour voir ou revoir les contenus du Symposium ou pour en savoir davantage consulter le site Web (onglet Programme).

Les réflexions partagées par les conférenciers et conférencières, jumelées aux échanges, serviront de base pour mener des débats plus approfondis lors du prochain Congrès international EPITER-ADELF de 2022 (dates à définir) auquel toutes et tous sont invités en présentiel, à l’Université Laval si la situation épidémiologique le permet. Le congrès aura pour thème central “L’épidémiologie et la santé publique : Union des forces en francophonie”.

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