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Détail de la nouvelle

Résilience et dépression, le poids de la biologie

  • Faculté, Activités grand public

Le Grand Rendez-vous en santé avec Caroline Ménard fait la lumière sur la biologie du stress et la santé mentale

La professeure au Département de psychiatrie et de neurosciences et chercheuse au Centre de recherche CERVO du CIUSSS de la Capitale-Nationale Caroline Ménard a expliqué sans détour les causes et les effets du stress sur la santé. Près de 700 personnes ont assisté à l’événement et une centaine de questions lui ont été adressées. 

D’entrée de jeu, la chercheuse mentionne qu’un quart des canadiens se disent très stressés et citent comme sources principales le travail ou les études suivi du manque de temps, les finances et divers enjeux personnels. Lorsqu’on parle de stress, il faut distinguer le stress aigu du stress chronique. On parle de stress aigu lorsque celui-ci se produit sur une durée courte et souvent déterminée, par exemple être coincé dans la circulation, passer un examen ou encore donner une présentation orale devant un public. En ce qui concerne le stress chronique, il est plus pernicieux puisqu’il est imprévisible et peut s’étendre sur une longue période. De plus, il s’installe souvent lors de circonstances douloureuses, comme le deuil, la douleur chronique, une charge importante et continue de travail ou l’intimidation sociale. 

Nous ne sommes pas tous égaux face à un épisode de stress chronique. Certains peuvent basculer vers une dépression alors que d’autres vont mieux s’en sortir. La résilience se définit comme étant la capacité de résister et de récupérer rapidement face à des conditions difficiles d’adversité et elle se présente sous diverses formes. La chercheuse explique comment la recherche en biologie permet de faire la lumière sur la résilience. Il est important de noter qu’un même individu peut vivre un ou des épisodes dépressifs puis devenir résilient et vice versa.

« On croyait dans les années 60-70, quand la recherche a commencé à ce niveau-là jusqu’aux années 80 environ, que les facteurs de protection qui menaient à être plus résilient étaient liés à l’attitude, être plus positif, être optimiste, voir le verre à moitié plein au lieu de le voir à moitié vide. Par contre, avec de plus en plus de recherches, surtout au niveau de la biologie, on a constaté que c’est loin d’être seulement une question d’attitude, des changements au niveau de notre corps peuvent favoriser la résilience versus une vulnérabilité au stress. » précise Caroline Ménard. 

La chercheuse et son équipe s’intéressent aux mécanismes biologiques qui pourraient donner des résultats probants pour améliorer la situation des personnes atteintes de dépression, et cela, au-delà du fonctionnement du cerveau. Ce qui émerge de leurs travaux est qu’un individu peut avoir une biologie qui le rend plus résilient ou plus vulnérable face à l’adversité et cela se mesure par diverses manifestations physiologiques, comme ce qui se passe dans le sang, le système vasculaire, le système immunitaire, ou le microbiome, en plus de ce qui se passe dans le cerveau. En étudiant la biologie de la dépression, mais également de la résilience, son équipe espère identifier des mécanismes qui pourraient mener à de nouveaux traitements mais aussi des biomarqueurs. En effet, les troubles de l’humeur sont toujours diagnostiqués avec des questionnaires seulement.

Les statistiques indiquent que 20% de la population vivra un épisode dépressif au cours de sa vie. Les traitements actuels ne sont pas optimaux pour au moins 30% de ces personnes et les bénéfices des traitements peuvent accuser un délai de 6 à 8 semaines, ce qui souligne l’importance de trouver de nouvelles approches thérapeutiques rapides et efficaces. En la comparant à d’autres maladies, telles que les maladies métaboliques, respiratoires, infectieuses ou différents types de cancer, la santé mentale représenterait le plus grand facteur d’années perdues par une incapacité dans une vie. Malgré ce lourd tribut payé par les personnes atteintes et par leur entourage, l’investissement en recherche est loin d’y être proportionnel, surtout sur le plan des ressources et de l’aide.

La chercheuse brise aussi les idées préconçues sur les suicides en soulignant qu’ils sont plus élevés chez les hommes et les femmes âgés entre 50 et 64 ans et une hausse de tentatives de suicide est observée chez les jeunes filles de 15 à 19 ans (source : site AQPS). Il est important de rester vigilant auprès de ses proches et ne pas hésiter à demander de l’aide en cas de besoin, surtout en ces temps de pandémie.

La conférencière a conclu sa présentation sur une note positive. « Le stress n’est pas seulement négatif, on a tendance à voir ça comme quelque chose qu’on doit surmonter, qui cause l’adversité, qui est mal, mais en fait le stress nous a permis de survivre face aux dangers […] le stress permet aussi de bâtir des souvenirs durables, et se faire un bagage de résilience […] quand on se dépasse ou qu’on surmonte de l’adversité, ça nous donne des outils pour y faire face plus tard. », résume Caroline Ménard.

Elle a terminé en remerciant les membres de son équipe et ses collaborateurs. Elle a aussi témoigné sa grande reconnaissance aux organismes subventionnaires qui supportent leurs recherches grâce aux impôts payés au Québec et au Canada. Elle a ensuite répondu à quelques questions qui lui ont été adressées.

Voici les commentaires de deux participantes :

Vraiment intéressant! Je suis massothérapeute. J’ai souvent constaté les effets du stress au niveau musculosquelettique. Mais c’est très intéressant de comprendre la biologie du stress.

– Stéphany Gauthier

Merci, ça fait plaisir de renouer avec la neuroscience! Vous avez une belle capacité à vulgariser et vive la touche d'humour!  Bravo et merci à toutes les personnes impliquées de partager ces belles avancées en recherche!

– Fannie Béa

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