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Détail de la nouvelle

La recherche sur le cancer du sein

  • Recherche, Faculté

Découvrez la richesse de notre communauté scientifique et son impact dans le monde en suivant la série Les mots qui courent

Une nouvelle série d’entretiens mensuels avec les chercheuses et les chercheurs de la Faculté de médecine sur de grands thèmes et enjeux actuels en santé. Découvrez la richesse de notre communauté scientifique et son impact dans le monde en suivant cette série prenant la forme d’entrevues, de capsules ou d’opinions. Vous pourrez avoir accès à un état de la situation sur de grands enjeux de santé. Cette série vous permettra également de découvrir ces hommes et femmes qui travaillent souvent dans l’ombre, avec acharnement et passion, à faire avancer les connaissances en santé.

Octobre : la recherche sur le cancer du sein

Le mois d’octobre est le mois consacré au cancer du sein. Ce type de cancer est le plus répandu chez la femme au Canada et selon la Société canadienne du cancer1, il représente la deuxième principale cause de décès par cancer chez les Canadiennes. Toutefois peu fréquent, le cancer du sein est aussi présent chez la gent masculine. Selon les estimations, 26 900 femmes recevront un diagnostic de cancer du sein en 2019 et 5 000 femmes en mourront. Le taux le plus élevé de cancer du sein se retrouve chez les femmes de 50 à 69 ans et il est la première cause de décès par cancer dans le groupe d’âge des femmes de 20 à 49 ans.

Heureusement, la recherche fait de grandes avancées et fait la lumière sur certains aspects de cette maladie multifactorielle. Quatre chercheurs du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval ont accepté de répondre à nos questions.

Caroline Diorio

Caroline Diorio
Professeure titulaire
Département de médecine sociale et préventive
Chercheure au Centre de recherche du CHU de Québec — Université Laval

Crédit photo : Service de l’audiovisuel – CHU de Québec-Université Laval

Francine Durocher

Francine Durocher
Professeure titulaire
Département de médecine moléculaire
Chercheure au Centre de recherche du CHU de Québec — Université Laval

Crédit photo : Service de photographie médicale - CHUL – CHU de Québec-Université Laval

Jean-Yves Masson

Jean-Yves Masson
Professeur titulaire
Département de biologie moléculaire, biochimie médicale et pathologie
Chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec — Université Laval

Hermann Nabi

Hermann Nabi
Professeur adjoint
Département de médecine sociale et préventive
Chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec — Université Laval

Crédit photo : Service de l’audiovisuel – CHU de Québec-Université Laval

Pourquoi avoir choisi le cancer du sein en particulier?

J’ai toujours été fascinée par cette maladie multifactorielle. Comme vous le savez sans doute, il n’est pas rare de diagnostiquer un cancer du sein chez une femme ne présentant aucun des facteurs de risque actuellement connus. Par contre, il existe des cas où une femme est toujours vivante 20 ans après un diagnostic de cancer du sein, et ce même si elle présentait au départ tous les facteurs de mauvais pronostic. Comment est-il possible qu’une certaine lésion mammaire se développe en cancer chez une femme alors que la même lésion ne se développera pas chez une autre? C’est parce que je tenais à faire avancer notre compréhension des causes de ces situations et à comprendre comment les nouvelles connaissances peuvent être utilisées au bénéfice de ces femmes que j’ai décidé de me consacrer à l’étude du cancer du sein. — Caroline Diorio

Très tôt j’ai su que je voulais m’investir dans le domaine de la recherche sur le cancer du sein. Le cancer du sein a ceci de particulier que, contrairement à d’autres types de cancer, c’est un cancer externe, qui touche un site « qui se voit ». En effet, le sein est associé à la féminité, à la maternité et donc être atteint d’un cancer du sein, c’est beaucoup plus que la maladie en elle-même, c’est tout un bagage au niveau de l’image corporelle et d’implications psychologiques qui entrent en jeu et doivent être prises en considération. — Francine Durocher

J’ai choisi de travailler sur le cancer du sein à la suite d’un emploi à l’Institut national du cancer en France, où j’étais responsable d’un département qui s’occupe des recherches sur la distribution et les déterminants des cancers dans la population et les interventions pour améliorer la survie et la qualité de vie patients atteints. Dans le cadre de ces fonctions, j’ai découvert que le cancer du sein n’est pas une maladie unique, mais peut prendre plusieurs formes notamment en fonction de la présence de protéines dans les cellules cancéreuses du sein, telles que les récepteurs hormonaux (récepteurs des œstrogènes et de la progestérone) et le récepteur 2 du facteur de croissance épidermique humain. Ce qui rend la compréhension des mécanismes d’apparition des sous-types de cancer et les traitements associés complexes. J’ai été intéressé par cette complexité. Aujourd’hui, grâce aux avancées de la recherche, on dépiste tôt et on traite de mieux en mieux le cancer du sein. Toutefois, ce cancer reste un problème majeur de santé publique au Québec, au Canada et dans le monde. J’espère donc que les résultats de mes travaux vont contribuer, avec ceux de mes collègues, à réduire le fardeau de cette maladie pour les femmes, leurs familles et la société. — Hermann Nabi

Chaque jour, nos cellules parviennent à résister à des milliers de lésions à l’ADN grâce à des mécanismes de réparation élaborés. Toute ma carrière de chercheur fondamentaliste, j’ai cherché à élucider la complexité de ces mécanismes qui peuvent être à la fois associés au développement de cancers et servir de cibles thérapeutiques potentielles si bien exploitées. Cette passion m’a amené à étudier les gènes clés de la réparation de l’ADN, dont BRCA1, BRCA2 et PALB2. Comme plusieurs de ces gènes se voient mutés dans le cancer du sein, chaque petite découverte les concernant est un pas considérable vers une meilleure compréhension de cette maladie et des failles exploitables au point de vue thérapeutique. Le cancer du sein représente environ 13 % de tous les décès par cancer chez la femme. Ainsi, faire partie d’une lutte internationale contre le cancer du sein est une motivation au quotidien pour mon équipe. — Jean-Yves Masson

Dans quelle mesure vos résultats de recherche ont un impact dans la vie des personnes atteintes ou de leur entourage?

Nos recherches à portée plus translationnelle sont menées de pair avec les groupes du Dr Jacques Simard et Guy Poirier ici à l’Université Laval. Elles visent à la mise au point d’essais de laboratoire pouvant évaluer de façon fiable l’impact de variations génétiques liées au cancer du sein notamment celles touchant PALB2, et à l’élaboration de stratégies visant l’élimination sélective des cellules cancéreuses. Les variations génétiques affectant les gènes de prédisposition au cancer du sein sont à la fois complexes et multiples. Avec des stratégies à haut débit nous tentons d’associer chaque variation à la réponse aux inhibiteurs de poly(ADP)ribose polymérase qui est nouvelle thérapie utilisée en clinique pour les patients ayant une déficience en BRCA1, BRCA2, ou PALB2. Nos données aident donc à mieux personnaliser la prise en charge des patients en clinique. — Jean-Yves Masson

Les travaux de recherche de mon laboratoire visent à mettre sur pied des approches de prévention et de traitement novatrices et personnalisées pour cette maladie. Pour ce faire, nous cherchons à identifier les marqueurs du génome et de l’épigénome pouvant influencer l’apparition, l’évolution, et le traitement des cancers du sein. Parallèlement, nous travaillons à mieux comprendre comment les habitudes de vie agissent sur le génome et l’épigénome afin d’identifier les populations cibles sur lesquelles une intervention a les meilleures chances de réduire l’incidence ou la récidive de ces cancers. Et bien en comparant la méthylation de l’ADN à l’échelle de l’épigénome dans le tissu mammaire sain de femmes ayant développé un cancer du sein controlatéral et d’autres pas, mon laboratoire a récemment identifié plusieurs sites différentiellement méthylés localisés sur divers gènes. Une fois validés, les gènes identifiés pourraient améliorer la prédiction du risque de cancer du sein controlatéral chez les survivantes du cancer du sein et permettre le développement de nouvelles stratégies de traitement et de prévention de cette maladie. — Caroline Diorio

Mes recherches ont déjà permis d’identifier des mutations délétères dans les gènes BRCA1 et BRCA2 chez des femmes provenant de familles présentant de nombreux cas de cancers du sein. L’identification de telles mutations permet d’ajuster le suivi et le traitement de la patiente en conséquence. Nos travaux s’orientent également vers l’identification de biomarqueurs qui pourraient nous indiquer le potentiel d’une lésion mammaire à progresser vers un état dit invasif, et ainsi nous aider vers d’autres cibles de thérapie afin de procurer une médecine plus individualisée aux femmes atteintes de cancer du sein. Nos recherches ont donc un impact au niveau de la prévention, mais également au niveau de la prise en charge, du suivi, de même que du traitement. Les retombées sont donc non seulement bénéfiques pour les femmes atteintes d’un cancer du sein, mais également pour leur entourage immédiat. — Francine Durocher

Quelle est votre plus grande fierté en regard de vos travaux de recherche?

Ma plus grande fierté est d’avoir fait avancer les connaissances sur les protéines de la recombinaison homologue, un mécanisme permettant de réparer les cassures de l’ADN, et spécialement sur PALB2 qui s’avère maintenant un gène important de prédisposition au cancer du sein. La recherche est importante pour moi, mais également, derrière ces percées scientifiques, il y a une équipe. Je retire aussi une grande satisfaction d’avoir dirigé des équipes productives dans une ambiance de travail saine. Il est bon de voir évoluer les diplômés du laboratoire dans les plus grandes institutions en recherche aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne ou au Japon. Ils continuent d’interagir avec nous à Québec. J’ai donc l’impression d’avoir avancé la science tout en créant une famille scientifique et j’en suis également très fier. — Jean-Yves Masson

Ma plus grande fierté au regard de mes travaux de recherche n’est pas liée à un résultat de recherche en particulier, mais au fait d’avoir pu développer des recherches avec des chercheurs de plusieurs disciplines scientifiques, qui nous permettent d’intégrer des données biologiques, cliniques, comportementales, psychosociales. Comme nous avons choisi d’ancrer nos travaux dans les milieux de soins, de les réaliser dans la mesure du possible en collaboration étroite avec les cliniciens, les gestionnaires et les autres professionnels de santé, nous enrichissons également nos travaux des avis, des préférences et du ressenti des patients et des patientes. Nous sommes alors capables de fournir une information utile aux cliniciens, qui pourront par la suite personnaliser les traitements de leurs patientes en fonction de leurs caractéristiques propres et leur éviter des effets secondaires inutiles. Le cancer du sein est une pathologie complexe aussi bien dans sa survenue que dans sa prise en charge médicale. L’aborder de façon interdisciplinaire est un gage important de succès. — Hermann Nabi

1. Source : https://www.cancer.ca/fr-ca/cancer-information/cancer-type/breast/statistics/?region=on


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