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Détail de la nouvelle

La recherche sur l'arthrite

  • Recherche, Faculté

Découvrez la richesse de notre communauté scientifique et son impact dans le monde en suivant la série Les mots qui courent

Une nouvelle série d’entretiens mensuels avec les chercheuses et les chercheurs de la Faculté de médecine sur de grands thèmes et enjeux actuels en santé. Découvrez la richesse de notre communauté scientifique et son impact dans le monde en suivant cette série prenant la forme d’entrevues, de capsules ou d’opinions. Vous pourrez avoir accès à un état de la situation sur de grands enjeux de santé. Cette série vous permettra également de découvrir ces hommes et femmes qui travaillent souvent dans l’ombre, avec acharnement et passion, à faire avancer les connaissances en santé.

Septembre : la recherche sur l’arthrite

L’arthrite, maladie inflammatoire chronique des articulations, regroupe plus d’une centaine de maladies inflammatoires. Il s’agit souvent de maladies auto-immunes, c’est-à-dire que les tissus sains sont attaqués par erreur par le système de défense du corps.

Du fait de la complexité de ces maladies inflammatoires, une approche multidisciplinaire est devenue indispensable pour mieux comprendre leurs composantes cliniques et physiopathologiques et permettre une meilleure prise en charge des patients. Pour cette raison, sous l’impulsion des Drs Paul Fortin et Éric Boilard, un nouveau centre de recherche reconnu par l’Université Laval, ARThrite (Arthrite Recherche Traitement), a vu le jour en 2019. ARThrite regroupe 20 chercheurs cliniciens et fondamentalistes de l’Université Laval possédant des formations et des expertises complémentaires et dont les travaux conjugués pourront avoir un impact significatif dans le domaine de l’arthrite. Un représentant du groupe de Patients Intéressés par la Recherche sur l’Arthrite (PIRA) sera inclus en tant que membre collaborateur d’ARThrite. Cinq membres de ce centre de recherche ont accepté de partager leur savoir.

Paul FortinPaul Fortin
Professeur titulaire
Département de médecine
Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval
Axe Maladies infectieuses et immunitaires
Éric BoilardÉric Boilard
Professeur titulaire
Département de microbiologie-infectiologie et immunologie
Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval
Axe Maladies infectieuses et immunitaires
Laëtitia MichouLaëtitia Michou
Médecin clinicienne enseignante agrégée
Département de médecine
Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval
Axe Endocrinologie et néphrologie
Martin PelletierMartin Pelletier
Professeur agrégé
Département de microbiologie-infectiologie et immunologie
Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval
Axe Maladies infectieuses et immunitaires
Marc PouliotMarc Pouliot
Professeur titulaire
Département de microbiologie-infectiologie et immunologie
Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval

L’arthrite, par définition l’inflammation des articulations, regroupe sous une même désignation un ensemble de maladies inflammatoires complexes telles que la polyarthrite rhumatoïde (PR), le lupus érythémateux disséminé ou la sclérodermie systémique. La plus connue de ces maladies est la PR qui frappe le plus souvent des adultes dans la force de l’âge voir des enfants et touche une personne sur 100 au Canada, elle ne peut donc pas être considérée comme une maladie rare.

Ces maladies sont systémiques, ce qui signifie qu’elles peuvent toucher plusieurs organes ou tissus chez un même patient tout en causant de la fatigue. Par ailleurs, leur expression clinique est variable d’un patient à l’autre. Par exemple le lupus, parfois appelé la maladie aux 1000 visages, peut être associé à des lésions cutanées, des atteintes articulaires, de l’inflammation aux reins, au cerveau ou au cœur. Cette complexité peut rendre difficile et retarder le diagnostic alors que l’on sait qu’un diagnostic précoce accompagné d’une prise de médicaments adéquate évite l’étendue des dommages tels que l’érosion des articulations dans le cas de la PR et le risque accru de développer des maladies cardiovasculaires qui est une caractéristique commune à toutes ces maladies inflammatoires.

Les différentes formes d’arthrite partagent entre elles et avec d’autres maladies inflammatoires chroniques des prédispositions génétiques associées à des causes environnementales communes (par exemple alimentaires, microbiennes et micro-environnementales) et impliquent différents types de cellules immunitaires et de cytokines inflammatoires. L’étude de ces dernières a contribué au développement de médicaments biologiques, comme les anti-TNF. La rhumatologie a été une spécialité pionnière dans l’utilisation de médicaments ciblés avec la commercialisation des premiers agents biologiques anti-TNF en 2000. Cet apport thérapeutique majeur a déplacé le fardeau humain et social de l’arthrite vers un fardeau économique, en lien avec le prix élevé des agents biologiques et leur effet suspensif obligeant à poursuivre le traitement pour maintenir la rémission. Bien que ces agents ciblent des protéines ou des voies biologiques bien connues, il existe ici un réel besoin non comblé de tests dits compagnons permettant de prédire quelle patiente ou patient serait répondeur à quel agent biologique, et lequel ou laquelle serait à risque de développer un effet secondaire grave avec ces agents puissants. En effet, alors qu’il existe déjà des marqueurs biologiques permettant de quantifier l’activité générale de l’arthrite, notamment l’inflammation, davantage de marqueurs plus spécifiquement en lien avec les mécanismes à l’origine de la maladie, deviennent une nécessité pour guider les décisions cliniques actuelles en rhumatologie. Au cours des prochaines années, les maladies inflammatoires et osseuses chroniques qui constituent l’apanage de la rhumatologie augmenteront en prévalence. Les rhumatologues devront être mieux outillés sur les plans diagnostique, pronostique et préthérapeutique, du fait des coûts et risques associés aux agents biologiques.

Le Dr Paul Fortin est rhumatologue et chercheur clinicien, spécialiste du lupus, sa renommée est mondiale. Son approche médicale et scientifique est transdisciplinaire et collaborative et ses travaux couvrent tout le spectre de cette maladie. Ses projets translationnels ont pour but de mieux comprendre les mécanismes menant au développement du lupus et de découvrir des biomarqueurs qui permettent de prédire les facteurs de risques de développer des manifestations cliniques (ex. : dommages aux reins, maladies cardiovasculaires). Ses projets interventionnels consistent à tester l’efficacité de nouveaux modes d’intervention sur la qualité de vie des patients. Par exemple, l’efficacité d’un programme d’entrainement physique sur l’amélioration de la fonction et de la qualité de vie de patients souffrant d’arthrite. Une partie importante de sa recherche a permis une meilleure caractérisation et standardisation de l’évaluation clinique du lupus, une des maladies les plus diverses sur le plan clinique. Conscient de l’importance de la collaboration du patient et qu’une meilleure implication du patient dans son parcours de soin peut améliorer sa condition, il a développé un outil « MonGuideLupus » qui est une plateforme interactive permettant le partage d’informations entre professionnels de la santé et patients. Ce site web adapté aux patients leur permet de mieux comprendre leur maladie et favorise leur autonomie. Depuis 2014, Paul Fortin a implanté au CHU de Québec-UL une banque de spécimens biologiques associés aux données cliniques de patients atteints de maladies inflammatoires systémiques. Cette biobanque a été à l’origine d’une formidable collaboration entre cliniciens et fondamentalistes et de développement de projets translationnels innovants.

Le chercheur Éric Boilard étudie la pathogenèse des maladies rhumatismales, en particulier la polyarthrite rhumatoïde et le lupus. Il a montré que les plaquettes et les petites vésicules extracellulaires qu’elles produisent contribuent à l’inflammation associée à ces maladies. Puisque les plaquettes sont d’abord connues pour leur rôle dans la coagulation, cette découverte a ouvert un nouveau champ de recherche avec la possibilité de cibler des composants plaquettaires pour développer de nouveaux médicaments pour les maladies inflammatoires. Beaucoup de maladies inflammatoires dont la PR et le lupus sont aussi des maladies auto-immunes. En effet, on détecte dans le sang de ces patients des anticorps dirigés contre des protéines du soi que l’on ne retrouve pas (ou très peu) dans le sang des personnes en santé. En collaboration avec Paul Fortin, Eric Boilard a montré la présence,  dans le sang des patients atteints de lupus, de nouveaux anticorps dirigés contre des composants des mitochondries. Cette étude se poursuit afin de mesurer les anticorps dirigés contre les mitochondries dans le sang d’une cohorte de patients atteints de lupus avec l’espoir que ces anticorps représentent de nouveaux biomarqueurs permettant de prédire l’évolution de la maladie.

Un autre aspect de la recherche d’Éric Boilard concerne l’aspect systémique de la PR, il cherche à comprendre par quels mécanismes l’inflammation d’abord localisée aux articulations devient systémique menant souvent à des complications cardiovasculaires. Il propose que la lymphe soit le vecteur responsable de la dissémination de l’inflammation dans l’organisme des patients atteints de PR.

Le chercheur Marc Pouliot étudie les mécanismes qui contrôlent l’inflammation. Il s’intéresse plus particulièrement à un type cellulaire, le neutrophile, qui est la cellule la plus abondante dans le liquide synovial d’une articulation inflammée des patients atteints de PR et un acteur important de la réaction inflammatoire. Marc Pouliot a mis en lumière plusieurs mécanismes expliquant comment le neutrophile répond spécifiquement aux différents signaux qu’il rencontre et peut faire progresser l’inflammation, mais aussi participer à la résoudre. Il recherche aussi des biomarqueurs des maladies inflammatoires en ciblant le profil d’expression des gènes du neutrophile. Dans le cadre d’une collaboration, Marc Pouliot et Paul Fortin veulent comprendre le rôle que peuvent jouer les neutrophiles dans l’inflammation associée au lupus, une maladie contre laquelle il n’existe pas de remède. Les neutrophiles provenant de patients montrent plusieurs anomalies. Il sera donc important de savoir lesquels de ces défauts peuvent contribuer à la progression du lupus afin de proposer de nouvelles cibles thérapeutiques.

Le programme de recherche de Dr Laëtitia Michou, chercheur clinicien en rhumatologie, est dédié à l’identification de marqueurs génétiques afin de développer la médecine de précision, aussi appelée médecine personnalisée, en rhumatologie. Cette démarche vise à proposer à nos patientes et patients atteints de maladies chroniques, le traitement le plus adapté possible à leurs propres caractéristiques biologiques. De tels marqueurs sont à l’étude, entre autres dans le laboratoire de Dr Michou. Ce programme de recherche permettra une meilleure prévention et l’amélioration des traitements des maladies osseuses chroniques, telles que l’ostéoporose, les fractures atypiques des fémurs et la maladie osseuse de Paget, ces dernières étant fréquentes dans notre population québécoise. L’identification de ces marqueurs, détectables à partir d’une simple prise de sang constitue une approche innovante dans le domaine des maladies osseuses et articulaires. Cette approche est justifiée par l’émergence dans notre pratique clinique de multiples agents biologiques, ayant une action puissante, mais très ciblée, spécifique à certains mécanismes biologiques et n’ayant une efficacité optimale que chez une partie des  patients et patientes. La mise au point de panels de marqueurs biologiques à l’usage des patients atteints de maladies rhumatologiques chroniques et fréquentes permettraient de les mettre en rémission plus rapidement, tout en maximisant la sécurité d’emploi de ces médicaments d’exception.

Le chercheur Martin Pelletier étudie le métabolisme énergétique et les réponses des cellules inflammatoires comme les neutrophiles, les monocytes et les macrophages aux stimulations par des facteurs intrinsèques (l’hôte) et extrinsèques (l’environnement). Il tente par exemple de caractériser les effets de modulateurs endocriniens comme les bisphénols sur le métabolisme et les fonctions des cellules inflammatoires. Il axe également sa recherche sur les évènements énergétiques impliqués dans l’activation aberrante des cellules inflammatoires dans les maladies rhumatismales comme la goutte et la PR. Plus récemment, son groupe de recherche caractérise le profil de production de cytokines par les globules blancs de patients atteints de syndromes auto-inflammatoires afin d’accélérer le diagnostic de ces maladies rares et mener à un compagnon diagnostic qui aide les médecins traitants à sélectionner le meilleur traitement pour chaque patient. Ce programme de recherche permettra d’élaborer une approche basée sur le métabolisme et l’activation cellulaire afin d’évaluer l’efficacité des traitements actuels, avec l’espoir de développer des biomarqueurs améliorés et de nouveaux outils thérapeutiques, nous rapprochant ainsi d’une médecine personnalisée pour les maladies inflammatoires chroniques.

Le regroupement des forces vives de la recherche en arthrite à l’Université Laval, et en particulier à la Faculté de médecine, veut être une source d’espoir pour les patients et une source de motivation pour les cliniciens, les chercheurs et leurs équipes travaillant dans ce domaine. Dans les 20 dernières années, la qualité des soins s’est améliorée, la recherche a progressé, et la relève est formée pour continuer ces efforts.

Nous remercions chaleureusement la professionnelle de recherche, Mme Emmanuelle Rollet-Labelle, Ph. D., pour sa très grande collaboration.


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