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Détail de la nouvelle

Améliorer l’accès aux soins, réduire l’utilisation de médicaments d’ordonnance et de tests d’imagerie

  • Doctorat en sciences cliniques et biomédicales, Recherche
La doctorante Rose Gagnon a mené un projet de recherche pour évaluer les effets d’une prise en charge directe par une ou un physiothérapeute à l’urgence.

L’ajout de la physiothérapie à l’urgence permet la transformation de l’offre de services

Les troubles neuromusculosquelettique (NMSQ) sont très répandus et sont considérés comme l’un des troubles de santé non mortels les plus invalidants et coûteux. Selon Stéphane Tremblay, directeur Services multidisciplinaires du CHU de Québec – Université Laval, les salles d’urgence accueillent annuellement près de 30 000 usagers qui présentent ce type de troubles, tels un problème de dos, de cou ou une entorse. Alors qu’au Canada les usagers doivent habituellement attendre la ou le spécialiste en médecine d’urgence pour faire évaluer leur condition, d’autres pays privilégient déjà un accueil multidisciplinaire selon les besoins des usagers. C’est dans cet esprit de bonne pratique multidisciplinaire ayant fait ses preuves à l’international que l’offre de services se diversifie et se transforme, notamment aux urgences du CHU de Québec – Université Laval grâce aux résultats d’une nouvelle étude.

Une première transformation des soins au Canada

C’est sous la supervision des professeurs au Département de réadaptation de l’Université Laval et chercheurs au CIRRIS, Luc J. Hébert et Kadija Perreault que la doctorante Rose Gagnon a mené un projet de recherche pour évaluer les effets d’une prise en charge directe par une ou un physiothérapeute à l’urgence. Cet essai clinique randomisé visait des personnes âgées entre 18 et 80 ans qui se sont présentées pour un trouble NMSQ à l’urgence du CHUL du CHU de Québec – Université Laval. Deux types d’interventions y ont été comparées, soit un groupe pris en charge directement par une ou un physiothérapeute (Gr-PHT) et un autre groupe contrôle (Gr-CTL) pris en charge, selon la pratique usuelle, par une ou un urgentologue. Réalisé sur une période de 18 mois, ce projet de recherche a suivi les usagers recrutés durant trois mois, soit de la consultation initiale à l’urgence jusqu’à trois mois post-visite à l’urgence, afin de suivre leur évolution clinique et leur utilisation des services et des ressources. Le projet visait également à mesurer l’effet de cette nouvelle offre de services sur la prise en charge à l’urgence des usagers, soit en termes de temps d’attente et de durée de séjour. Les données compilées ont ainsi permis de vérifier les niveaux de douleur et d’interférence de la douleur des usagers des deux groupes, leur prise de médicaments d’ordonnance, notamment les opiacées, leur niveau de douleur ainsi que les tests d’imagerie recommandés, tant lors de la prise en charge à l’urgence que lors du suivi subséquent.

Les résultats de la recherche ont démontré que les niveaux de douleur et d’interférence de la douleur étaient statistiquement moindres lors des suivis chez les participants et participantes du Gr-PHT en comparaison avec ceux et celles du Gr-CTL. Au congé de l’urgence, moins de tests d’imagerie et de médication d’ordonnance avaient été recommandés dans le Gr-PHT comparativement au Gr-CTL. Lors des suivis, les usagers du Gr-PHT s’étaient moins représentés à l’urgence pour le même problème (1 mois) et avaient utilisé moins de médication d’ordonnance, dont des opioïdes, (1 mois) et de médication en vente libre (3 mois) que ceux et celles du Gr-CTL. Bien que la durée de séjour à l’urgence n’était pas statistiquement différente entre les deux groupes, les résultats indiquent sans équivoque que la prise en charge en accès direct par une ou un physiothérapeute à l’urgence des patients et des patientes présentant un trouble NMSQ a un impact significatif sur l’évolution clinique et l’utilisation de ressources.

« Cette prise en charge par une ou un physiothérapeute en accès direct à l’urgence représente un modèle de pratique prometteur qui sera appelé à évoluer au cours des prochaines années selon les changements cliniques et législatifs qui entreront en vigueur. » — Rose Gagnon, physiothérapeute et doctorante en sciences cliniques et biomédicales à l’Université Laval.

Puisque le projet de recherche a démontré des effets positifs à la fois pour les usagers et le centre hospitalier, ce modèle novateur de pratique à l’urgence a été jugé fort pertinent et le CHU de Québec – Université Laval a pris la décision de mettre de l’avant cette transformation de l’offre de services en physiothérapie dans les départements d’urgence de ses cinq centres hospitaliers affiliés. 

Accroître notre efficience collective

« Avoir un physiothérapeute à l’urgence c’est un gain certainement pour le patient, qui peut ainsi pour sa condition musculosquelettique, voir un professionnel compétent et dédié qui peut l’évaluer et déjà entreprendre la prise en charge. C’est un gain certainement pour le médecin d’urgence qui peut bénéficier d’une expertise d’un professionnel avec qui il peut travailler en équipe et c’est vraiment ça l’approche multidisciplinaire que l’on doit développer […] c’est aussi un gain pour le physiothérapeute, [… car ils] vont être totalement autonomes pour voir des patients en première ligne et référeront au médecin d’urgence que dans les cas où l’expertise du médecin d’urgence est requise. » Simon Berthelot, spécialiste en médecine d’urgence au CHU de Québec – Université Laval.