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Détail de la nouvelle

À la mémoire de Fernand Labrie

  • Faculté
M. Fernand Labrie, ancien directeur du Centre de recherche du CHUL et professeur émérite à la Faculté de médecine de l’Université Laval

Texte hommage à cet homme d’exception

La direction de la Faculté de médecine a appris avec une profonde tristesse le décès de M. Fernand Labrie, ancien directeur du Centre de recherche du CHUL et professeur émérite à la Faculté de médecine de l’Université Laval, survenu le 16 janvier 2019.

Nous tenions à rendre hommage à cet homme d’exception en publiant un texte écrit à l’occasion de son décès par son collègue et ancien étudiant Serge Rivest. Nous tenons à offrir nos plus sincères condoléances aux membres de sa famille ainsi qu’à tous ses collègues et amis.

FERNAND LABRIE
1937-2019

Le professeur Fernand Labrie est né à Laurierville, Québec, en 1937. Il a obtenu son baccalauréat (magna cum laude) au Séminaire de Québec en 1957, son M.D. (magna cum laude) en 1962 et son Ph. D. en endocrinologie (summa cum laude) en 1966 à l’Université Laval, Québec. Entre 1966 et 1969, il a poursuivi des études postdoctorales aux Universités de Cambridge et Sussex au Royaume-Uni et est devenu Fellow du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada en 1973.

Une carrière exceptionnelle

Il a été nommé professeur adjoint à l’Université Laval en 1969, puis professeur agrégé en 1974 et professeur titulaire en 1976. Il a obtenu en 2011 le titre de professeur émérite de l’Université Laval. Il a fondé le Laboratoire de recherche en endocrinologie moléculaire de l’Université Laval en 1969 et a été directeur du Département d’endocrinologie moléculaire au Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL) ainsi que médecin au Département de médecine de 1972 à 2010. De 1983 à 2009, il a été directeur du Centre de recherche du CHUL. Il a également été directeur du Département de physiologie et anatomie de la Faculté de médecine de l’Université Laval de 1990 à 2002, président du FRSQ (Fonds de recherche en santé du Québec) de 1992 à 1995 et président de la Société canadienne d’endocrinologie et métabolisme (1978-1979) et de la Société canadienne de recherche clinique (1992-1996). Il a été nommé professeur émérite de l’Université Laval en 2011, lorsque j’étais directeur du Département de médecine moléculaire et directeur du Centre de recherche du CHU de Québec. Un tel cheminement de carrière est tout à fait remarquable.

Un modèle d’engagement en recherche et en enseignement

Le professeur Fernand Labrie a contribué de façon exceptionnelle à l’enseignement et à la recherche tout au long de sa carrière et a obtenu une reconnaissance externe ou internationale qui a contribué au rayonnement de l’Université Laval et du CHU de Québec — Université Laval. Pour financer ses travaux de recherche, il a obtenu des subventions majeures du Conseil de recherches médicales du Canada, des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), du FRSQ et de multiples contrats avec des partenaires pharmaceutiques. Il est aussi directement responsable de la construction du Centre de recherche du CHUL et du Centre de génomique du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval (CRCHUQc – UL). Il a été l’un des plus grands bâtisseurs pour la recherche au Canada et un pionnier dans la découverte de l’intracrinologie.

Le professeur Labrie a été l’un des scientifiques les plus éminents de la communauté internationale. Il a publié plus de 1 240 articles scientifiques et a été cité plus de 50 000 fois, ce qui en fait le chercheur canadien le plus cité à travers le monde, toutes disciplines confondues. La principale contribution du professeur Labrie à la clinique a été la découverte et l’application clinique des agonistes de l’hormone libératrice des gonadotropines (GnRH) afin de réaliser la castration médicale, surtout utilisée dans le traitement du cancer de la prostate.

Une autre découverte ayant un impact majeur pour la prévention et le traitement de toutes les maladies sensibles aux stéroïdes sexuels est l’intracrinologie, qui a un rôle majeur dans le cancer du sein et de la prostate ainsi, que pour corriger les problèmes de déficience hormonale de la ménopause − le DHEA. Plus récemment, il a fondé l’entreprise Endoceutics, qui développe et commercialise des traitements pour les symptômes de la ménopause.

Les contributions majeures du professeur Labrie en endocrinologie moléculaire et en oncologie ont été reconnues par le biais de plusieurs prix et distinctions. En 1979, il a été élu Fellow de la Société royale du Canada. En 1981, il a été nommé Officier de l’Ordre du Canada et cité comme étant « un des leaders en recherche contemporaine en endocrinologie ». En 1991, il a été nommé Officier de l’Ordre national du Québec et en 1999, il a remporté le prestigieux Prix Walton-Killam du Conseil des arts du Canada. Il a également reçu la Médaille du Collège de France (1982). Le professeur Labrie a été membre d’environ 70 associations professionnelles et a été invité à donner plus de 500 conférences à travers le monde. Il a aussi servi en tant que membre, membre associé ou membre correspondant des comités éditoriaux de plusieurs journaux scientifiques les plus prestigieux dans son domaine.

En 2007, il a reçu le prestigieux King Faisal International Prize in Medicine pour ses travaux sur le cancer de la prostate. En 2011, la Société canadienne d’investigation clinique et le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada lui ont décerné le Prix Henry Friesen. En 2013, il a reçu la prestigieuse Médaille internationale Hoffenberg de la Society for Endocrinology du Royaume-Uni.

Il a formé plus de 90 étudiants à la maîtrise et au doctorat, dont plusieurs sont maintenant des sommités dans le monde de la biologie et de la médecine dont notamment le Dr Vincent Giguère de l’Université Mc Gill, le Dr Paul Jolicoeur de l’IRCM, le Dr Guy Poirier et le Dr Jacques Simard, tous deux de l’Université Laval.

La biographie étoffée du Dr Labrie est le reflet, non seulement de ses extraordinaires talents de chercheur, éducateur, administrateur et médecin, mais est aussi un aperçu de ses passe-temps personnels, dont particulièrement le ski alpin et le ski nautique. Il a été président de la Fédération de ski du Québec (1982-1987) et de l’Association de ski nautique (1982-1987), ainsi que président du comité de candidature de la Ville de Québec pour les Jeux olympiques de 2010.

Sur le plan personnel

Fernand Labrie a aussi été responsable de mon recrutement ici, à l’Université Laval, et au CHUL. À la fin de ma formation postdoctorale au Salk Institute en Californie, j’hésitais entre plusieurs offres ici au Québec et ailleurs. J’ai alors demandé conseil à une autre personne déterminante dans ma carrière scientifique, le Dr Wylie Vale, qui nous a quittés il y a quelques années. Il m’a dit : n’hésite pas deux secondes « go with Dr. Labrie, you will have all you need to be a successful scientist! ». Il avait bien raison. J’ai commencé ma carrière ici, au CHUL, en même temps que Claude Labrie, son fils, qui est un collègue et ami depuis plus de 25 ans. Claude occupe le poste de vice-doyen aux études de premier cycle à la Faculté de médecine de l’Université Laval. Nous lui transmettons nos plus sincères condoléances, ainsi qu’à toute sa famille.

J’ai le privilège d’occuper le bureau du professeur Labrie, au 4e étage du Bloc T, ici au CHUL, depuis que je suis directeur du Centre de recherche du CHUQ, maintenant du CHU de Québec — UL. Tout comme le Dr Labrie, cet endroit est non seulement inspirant pour mon travail de directeur, mais aussi comme scientifique et enseignant.

En bon père de famille, le Dr Labrie a toujours pris soin de ses chercheurs, de ses collègues professeurs et de ses étudiants, un idéal que je m’efforce d’égaler au quotidien. Il a été un modèle comme patron, un bourreau de travail, un chercheur d’une intelligence hors du commun, respecté des scientifiques du monde entier et qui a fait en sorte que la science en santé a atteint ce calibre de haut niveau, ici à Québec.

Le professeur Fernand Labrie a été une figure marquante pour notre université et la province de Québec. Les réalisations énumérées dans son curriculum vitae ne sont pas seulement impressionnantes, elles sont dignes d’un des plus grands scientifiques de l’Université Laval et du CHU de Québec — UL. Il a été une source d’inspiration pour moi et bien d’autres ici et dans le monde entier.

Tu vas nous manquer Fernand!

 

Dr Serge Rivest
Professeur
Département de médecine moléculaire
Directeur du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval